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Tchernobyl: Évaluation des incidences radiologiques
et sanitaires
Mise à jour 2002 de Tchernobyl : Dix ans déjà
Chapitre VI
Incidences sur l'agriculture et l'environnement
Conclusions
(Les conclusions apparaîtront dans une nouvelle
fenêtre)
Agriculture
Où que l'on soit dans le monde, tous les sols utilisés
pour l'agriculture contiennent des radionucléides en plus ou moins
grande quantité. Les sols types (IA89a) renferment de l'ordre de
300 kBq/m3 de 40K jusqu'à une
profondeur de 20 cm. Ce radionucléide et d'autres sont alors absorbés
par les cultures, puis transférés aux denrées alimentaires,
d'où une concentration comprise entre 50 et 150 Bq/kg dans les
denrées alimentaires et les aliments pour animaux. L'ingestion
de radionucléides dans les denrées alimentaires est l'une
des voies conduisant à la rétention interne et contribue
à l'exposition de l'homme par des sources naturelles et artificielles.
Une contamination excessive des terres agricoles, comme celle susceptible
de se produire lors d'un accident grave, peut se traduire par des niveaux
inacceptables de radionucléides dans les denrées alimentaires.
Les contaminants radioactifs présentant le plus d'importance
dans l'agriculture sont ceux qui sont relativement fortement absorbés
par les cultures, ont des taux élevés de transfert aux produits
d'origine animale, tels que le lait et la viande, et ont des périodes
radioactives relativement longues. Cependant, les voies de transfert écologique
entraînant la contamination des cultures, de même que le comportement
radioécologique des radionucléides, constituent des processus
complexes qui sont influencés non seulement par les propriétés
physiques et chimiques des radionucléides, mais aussi par des facteurs
tels que le type de sol, le système de culture (y compris le sarclage),
le climat, la saison et, le cas échéant, la période
biologique chez les animaux. Les principaux radionucléides dont
il y a lieu de se préoccuper dans l'agriculture à la suite
d'un important accident nucléaire sont 131I,
137Cs, 134Cs
et 90Sr (IA89a). Le dépôt
direct sur les plantes représente la principale source de contamination
des produits agricoles dans les régions tempérées.
Bien que les isotopes radioactifs du césium et 90Sr
soient relativement immobiles dans le sol, l'absorption par les racines
revêt moins d'importance que le dépôt sur les plantes.
Cependant, tant le type de sol (notamment en ce qui concerne la composition
minérale de l'argile et la teneur en matières organiques)
que les pratiques agricoles et le climat influent sur la tendance au transfert
vers les eaux souterraines. Les mêmes facteurs influent sur la présence
de ces éléments dans les plantes, dans la mesure où
ils contrôlent les concentrations d'activité dans les solutions
aqueuses des sols. En outre, étant donné que le césium
et le strontium sont absorbés par les plantes selon le même
mécanisme que le sont respectivement le potassium et le calcium,
l'ampleur de leur absorption dépend de la présence de ces
éléments. Ainsi, un taux élevé d'utilisation
d'engrais au potassium permet de réduire l'absorption du césium,
tandis que le chaulage peut réduire l'absorption du strontium.
À l'intérieur de l'ex-URSS
Les rejets intervenus au cours de l'accident de Tchernobyl ont contaminé,
au Bélarus, en Russie et en Ukraine, une superficie d'environ 125
000 km2, avec des niveaux de césium
radioactif supérieurs à 37 kBq/m2,
et d'environ 30 000 km², avec des niveaux de strontium radioactif
supérieurs à 10 kBq/m2.
Près de 52 000 km2 de cette superficie
étaient utilisés à des fins agricoles, le reste étant
constitué par des forêts, des plans d'eau et des agglomérations
urbaines (Ri95). Bien que la pénétration du césium
dans le sol soit généralement lente (Bo93), notamment dans
les forêts et les sols tourbeux, elle est extrêmement variable
et dépend de nombreux facteurs tels que le type de sol, le pH,
les précipitations et les pratiques agricoles. Les radionucléides
sont en général enfermés dans des particules entourées
d'une matrice composée de dioxyde d'uranium, de graphite, d'alliages
fer-céramique, de silicates-terres rares et de mélanges
silicatés de ces matières. Les mouvements de ces radionucléides
dans les sols dépendent non seulement des caractéristiques
du sol, mais aussi de la décomposition chimique par oxydation de
ces complexes, alors libérés sous des formes plus mobiles.
L'ensemble des produits de fission se répartit entre les parties
organominérales et minérales du sol, principalement dans
des complexes humiques. La situation dans la zone d'exclusion de 30 km
s'est sensiblement améliorée, grâce, d'une part, aux
processus naturels et, d'autre part, aux mesures de décontamination
adoptées.
Il y a eu également de grandes variations dans les niveaux de
dépôt. Au cours de 1991, les concentrations de 137Cs
dans la couche de sol située à une profondeur de 0 à
5 cm étaient comprises entre 25 et 1 000 kBq/m3
et étaient plus élevées dans les pâturages
naturels que dans ceux ayant été labourés. Dans le
cas de tous les sols, il est apparu que de 60 à 95 % de la totalité
de 137Cs étaient fortement liés
aux composants du sol (Sa94). Le labourage ordinaire disperse les radionucléides
de façon plus régulière à travers le profil
du sol, ce qui réduit la concentration d'activité dans la
couche de 0 à 5 cm et l'absorption par les racines des cultures.
Cependant, il propage la contamination dans tout le sol, aussi l'enlèvement
et l'évacuation de la couche supérieure du sol peuvent-ils
constituer une stratégie de décontamination appropriée.
Le problème au cours de la phase initiale d'un accident tient
à ce que les contre-mesures destinées à éviter
l'exposition de l'homme sont de caractère restrictif et doivent
souvent être imposées dans l'immédiat, même
avant que les niveaux de contamination soient effectivement mesurés
et connus. Ces mesures consistent notamment à mettre fin aux travaux
des champs, à la consommation de légumes frais, au pâturage
des animaux et au picotage de la volaille, ainsi qu'à introduire
du fourrage non contaminé. Malheureusement, ces mesures n'ont pas
été appliquées immédiatement et les doses
reçues par l'homme s'en sont trouvées accrues en Ukraine
(Pr95).
En outre, certaines mesures initiales extrêmes ont été
adoptées au cours des tous premiers jours de l'accident, 15 000
vaches ayant été abattues en Ukraine, quel qu'ait été
leur niveau de contamination, alors que l'introduction de fourrage propre
aurait pu réduire au minimum l'incorporation de césium radioactif.
D'autres contre-mesures, telles que l'utilisation d'engrais potas-siques,
ont diminué l'absorption de césium radioactif d'un facteur
2 à 14, tout en accroissant le rendement des récoltes.
Dans certains sols podzoliques, la chaux associée à du
fumier et à des engrais minéraux peut réduire d'un
facteur 30 l'accumulation de césium radioactif dans certaines céréales
et légumineuses. Dans les sols tourbeux, l'application de sable
et d'argile peut diminuer le transfert du césium radioactif dans
les plantes en le fixant plus solidement dans le sol. La teneur en césium
radioactif du bétail destiné à la consommation humaine
peut être réduite au minimum grâce à l'introduction
par étapes d'aliments propres pendant dix semaines environ avant
l'abattage. Une mesure de bon sens, qui consiste à réserver
la production de denrées alimentaires critiques aux zones les moins
contaminées, peut s'avérer efficace.
En 1993, la concentration de 137Cs
dans la viande de bovins provenant du kolkhoze de la région de
Sarny, où des contre-mesures ont pu être mises en uvre
de façon efficace, était en général bien inférieure
à celle relevée dans la viande provenant d'exploitations
agricoles privées de la région de Dubritsva (Pr95). La viande
des animaux sauvages qui ne pouvait être soumise aux mêmes
contre-mesures présentait d'ordinaire une forte concentration de
césium radioactif. La décontamination des animaux par l'administration
de comprimés à base de bleu de Prusse s'avère très
efficace lorsque la teneur en césium radioactif des aliments est
élevée et qu'il peut être difficile d'introduire du
fourrage propre (Al93). Suivant les conditions locales, plusieurs des
contre-mesures agricoles décrites ci-dessus ont été
introduites en vue de réduire la raadioexposition de l'homme.
Depuis le mois de juillet 1986, le débit de dose dû à
l'irradiation externe dans certaines zones a diminué d'un facteur
40 et, en certains endroits, il représente moins de 1 % de sa valeur
initiale. Néanmoins, la contamination du sol par 137Cs,
90Sr et 239Pu
demeure élevée et au Bélarus, qui est la république
la plus largement contaminée, la superficie des terres agricoles
dont l'utilisation était interdite s'élevait, huit après
l'accident, à 2 640 km² (Be94). Dans un rayon de 40 km autour
de la centrale, ce sont encore 2 100 km² de terres dans la réserve
naturelle de l'Etat de Poles qu'il est interdit d'utiliser, probablement
pour une durée indéfinie.
L'absorption du plutonium contenu dans le sol par les parties des plantes
se trouvant à la surface constitue en général, pour
la santé de la population, un faible risque associé à
l'ingestion de légumes. Elle ne pose de problème que dans
les zones fortement contaminées, où des légumes à
racines et tubercules sont consommés, notamment si ceux-ci ne sont
pas lavés et pelés. La teneur totale des principaux contaminants
radioactifs dans la zone de 30 km a été évaluée
à 4,4 PBq pour 137Cs, à
4 PBq pour 90Sr et à 32 TBq pour
239Pu et 240Pu.
Cependant, il n'est pas possible de prévoir le taux de réduction
de cette contamination car celui-ci dépend d'un très grand
nombre de facteurs variables, de sorte que des restrictions à l'utilisation
des sols continuent à s'imposer dans les régions les plus
contaminées du Bélarus, de l'Ukraine et de la Russie. Dans
ces régions, ces restrictions ne seront vraisemblablement pas levées
dans un avenir prévisible. On ignore s'il sera un jour possible
de revenir dans la zone d'exclusion de 30 km ou s'il y aura quelque possibilité
d'utiliser ces terres à d'autres fins, telles que le pâturage
des animaux reproducteurs ou la culture hydroponique (A193). Cependant,
il faut admettre qu'un petit nombre d'habitants de cette zone, généralement
des personnes âgées, y sont revenus avec la tolérance
officieuse des autorités
En Europe
En Europe, on a observé une variation analogue dans la pénétration
de 137Cs, soit qu'il ait été
pendant des années étroitement lié à la couche
superficielle des sols dans les prairies (Bo93), soit qu'il ait migré
en profondeur relativement rapidement dans les zones sablonneuses ou marécageuses
(EC94). Par exemple, le dépôt le plus important a été
observé en Suisse, à Caslano (TI), où la teneur du
sol en 137Cs a été ramenée
à 42 % de sa valeur initiale au cours des six années suivant
l'accident, ce qui témoigne d'une lente pénétration
du césium dans le sol (OF93). A cet endroit, 137Cs
provenant de l'accident n'a pas pénétré à
une profondeur supérieure à 10 cm, alors que les retombées
provenant des essais d'armes nucléaires dans l'atmosphère
ont atteint une profondeur de 30 cm.
Au Royaume-Uni, des restrictions ont été imposées
au mouvement et à l'abattage de 4,25 millions de moutons dans certaines
régions du sud-ouest de l'Ecosse, du nord-est de l'Angleterre,
du nord du Pays de Galles et de l'Irlande du Nord. L'introduction de ces
mesures était due en grande partie à l'absorption par les
racines de césium relativement mobile provenant de sols tourbeux
; cependant, comme l'étendue de la zone touchée et le nombre
de moutons faisant l'objet de telles mesures sont allés en diminuant,
en janvier 1994 ces restrictions ne s'appliquaient plus qu'à quelque
438 000 moutons. Dans le nord-est de l'Ecosse (Ma89), où les agneaux
paissaient dans des zones contaminées, leur activité a été
ramenée à 13 % environ des valeurs initiales après
115 jours ; là où les animaux consommaient des aliments
non contaminés, elle est tombée à 3,5 % environ.
Des restrictions à l'abattage et à la commercialisation
des moutons, et des rennes également, demeurent en vigueur dans
certains pays nordiques.
Les niveaux moyens régionaux de 137Cs
dans le régime alimentaire des citoyens de l'Union européenne,
qui constituaient la principale source d'exposition après la première
phase de l'accident, ont baissé au point qu'à la fin de
1990 ils se rapprochaient des niveaux d'avant l'accident (EC94). En Belgique,
la charge corporelle moyenne de 137Cs
mesurée chez des adultes de sexe masculin a augmenté après
le mois de mai 1986 pour atteindre sa valeur maximale vers la fin de 1987,
soit plus d'un an après l'accident. Ceci reflétait l'ingestion
de denrées alimentaires contaminées. La période écologique
mesurée a été d'environ 13 mois. Une tendance analogue
a été signalée en Autriche (Ha91).
En résumé, on observe, dans les sols utilisés à
des fins agricoles, une réduction continue, mais lente, du niveau
d'activité de 137Cs principalement.
Environnement
Les forêts
Les forêts sont des écosystèmes extrêmement
divers, dont la flore et la faune dépendent des relations complexes
existant aussi bien entre elles qu'avec le climat, les caractéristiques
du sol et la topographie. Les forêts peuvent être non seulement
un site d'activités de loisir, mais aussi un lieu de travail et
une source de denrées alimentaires. Le gibier sauvage, les baies
et les champignons constituent une source d'alimentation supplémentaire
pour de nombreux habitants des régions contaminées. Le bois
et les produits du bois représentent une ressource économique
viable.
En raison du fort caractère filtrant des arbres, le dépôt
a souvent été plus important dans les forêts que dans
les zones agricoles. Lorsque les voies de transfert écologique
propres aux forêts sont contaminées, il s'ensuit souvent
une rétention accrue des radionucléides contaminants. La
teneur élevée en matières organiques et la stabilité
du sol des forêts accroissent le transfert des radionucléides
du sol aux espèces végétales ; ainsi, les lichens,
mousses et champignons présentent souvent de fortes concentrations
de radionucléides. Le transfert de radionucléides au gibier
sauvage dans cet environnement pourrait soumettre à une exposition
inacceptable certaines personnes qui sont largement tributaires de ce
gibier pour leur alimentation. C'est ce qui est apparu en Scandinavie,
où la viande de renne a dû être contrôlée.
Dans d'autres régions, les champignons ont été gravement
contaminés par le césium radioactif.
En 1990, les forestiers de Russie avaient, selon les estimations, reçu
une dose jusqu'à trois fois plus élevée que les autres
personnes résidant dans la même zone (IA94). En outre, il
a été démontré que certaines industries fondées
sur les produits de la forêt, telles que la production de pâte
à papier, qui recyclent souvent des produits chimiques, étaient
susceptibles de poser un problème de radioprotection en raison
de l'accroissement de la quantité de radionucléides présents
dans les liquides, les boues et les cendres. Cependant, la culture des
arbres pour la production de pâte à papier peut constituer
une stratégie appropriée pour la décontamination
des forêts (Ho95).
Différentes stratégies ont été élaborées
en vue de lutter contre la contamination des forêts. Parmi les plus
efficaces figurent les restrictions d'accès et la prévention
des incendies de forêt.
Un site particulièrement touché, appelé la »forêt
rousse »(Dz95), est situé au sud et à l'ouest
de la centrale, à faible distance de cette dernière. Dans
cette forêt de pins, les arbres ont reçu des doses atteignant
100 Gy, ce qui les a tous détruits. Une superficie d'environ 375
hectares a été gravement contaminée et, en 1987,
des mesures correctives ont été prises en vue de réduire
la contamination du sol et d'empêcher la dispersion des radionucléides
par les incendies de forêt. La couche supérieure du sol a
été enlevée sur une profondeur de 10 à 15
cm et les arbres morts ont été coupés. Ces déchets
ont été placés dans des tranchées et recouverts
de sable. Un volume total d'environ 100 000 m3 a été enterré,
ce qui a réduit la contamination du sol au moins d'un facteur 10.
Ces mesures, conjuguées à d'autres stratégies de
prévention des incendies, ont sensiblement diminué la probabilité
de dispersion des radio-nucléides par des incendies de forêt
(Ko90). Le traitement chimique des sols visant à réduire
au minimum l'absorption de radionucléides par les végétaux
peut offrir une solution intéressante et, comme on l'a constaté,
le traitement du bois contaminé de manière à obtenir
des produits moins contaminés peut s'avérer efficace, à
condition que des mesures soient prises pour surveiller les sous-produits.
L'évolution des modes de gestion et d'utilisation des forêts
peut aussi contribuer à réduire les doses. L'interdiction
ou la limitation du ramassage de denrées alimentaires et le contrôle
des produits de la chasse peuvent protéger les personnes qui en
consomment habituellement de grandes quantités. Des mesures destinées
à éliminer la poussière, telles que le reboisement
et la conversion en herbe, ont aussi été prises à
une grande échelle en vue d'empêcher la propagation de la
contamination existante des sols.
Les plans d'eau
Lors d'un accident, les radionucléides contaminent les plans
d'eau, non seulement directement par dépôt à partir
de l'air et par évacuation sous forme d'effluents, mais aussi indirectement
par lessivage à partir du bassin de collecte des eaux. Les radionucléides
contaminant de grandes masses d'eau sont rapidement redistribués
et ont tendance à s'accumuler dans les sédiments du fond,
le benthos, les plantes aquatiques et les poissons. Les principales voies
d'exposition potentielle de l'homme peuvent être soit directes,
du fait de la contamination de l'eau de boisson, soit indirectes, du fait
de l'utilisation de l'eau pour l'irrigation et de la consommation de poissons
contaminés. Etant donné que les radionucléides contaminants
ont tendance à disparaître rapidement de l'eau, ce n'est
que pendant la phase initiale et la toute dernière phase des retombées,
lorsque la contamination issue de la zone de collecte des eaux par lessivage
atteint le réseau d'alimentation en eau de boisson, que l'homme
est susceptible d'être exposé. Au cours de la première
phase de l'accident de Tchernobyl, la composante aqueuse des doses individuelles
et collectives qui peut être attribuée aux plans d'eau n'a
pas dépassé, selon les estimations, 1 ou 2 % de l'exposition
totale imputable à l'accident (Li89). La piscine de désactivation
de Tchernobyl était le plan d'eau le plus fortement contaminé
de la zone d'exclusion.
Une contamination radioactive de l'écosystème des cours
d'eau (voir chapitre II) a été observée peu après
l'accident, l'activité totale de l'eau au mois d'avril et au début
du mois de mai 1986 s'élevant à 10 kBq/l dans la Pripiat,
à 5 kBq/l dans l'Uzh et à 4 kBq/l dans le Dniepr. A l'époque,
les principaux vecteurs étaient des radionucléides à
courte période, tels que 131I.
Lorsque l'écosystème des cours d'eau s'est écoulé
dans les bassin de retenue de Kiev, puis de Kanev et de Krementchoug,
la contamination de l'eau, des sédiments, des algues, des mollusques
et des poissons a sensiblement régressé.
En 1989, la teneur en 137Cs de l'eau
des bassins de Kiev, de Kanev et de Krementchoug était évaluée
respectivement à 0,4 Bq/l, 0,2 Bq/l et 0,05 Bq/l. De même,
la teneur en 137Cs des poissons de la
Bream a diminué d'un facteur 10 entre les bassins de Kiev et de
Kanev et d'un facteur 2 entre les bassins de Kanev et de Krementchoug,
pour s'établir à environ 10 Bq/kg (Kr95). Au cours de la
dernière décennie, la contamination du réseau d'alimentation
en eau n'a pas soulevé de problème pour la santé
publique. Cependant, une surveillance continuera à s'imposer, afin
de veiller à ce que le lessivage à partir de la zone de
collecte des eaux, dans laquelle une grande quantité de déchets
radioactifs sont déposés, ne contamine pas l'eau de boisson.
Selon une étude hydrogéologique de la contamination des
eaux souterraines dans la zone d'exclusion de 30 km (Vo95), 90Sr
est le radionucléide le plus critique qui risque d'entraîner,
dans les 10 à 100 ans à venir, une contamination de l'eau
de boisson dépassant les limites admissibles.
En dehors de l'ex-URSS, la contamination directe et indirecte des lacs
a soulevé et soulève encore de nombreux problèmes
car les niveaux de contamination des poissons dans les lacs dépassent
ceux admis pour la vente sur le marché libre. En Suède,
par exemple, dans près de 14 000 lacs (soit 15 % environ de l'ensemble
des lacs suédois), les concentrations de césium radioactif
dans les poissons étaient, en 1987, supérieures à
1 500 Bq/kg (limite fixée en Suède pour la vente de poissons
d'eau douce). La période écologique, qui dépend des
espèces de poissons et des types de lacs, est comprise entre quelques
années et quelques dizaines d'années (Ha91).
Dans les pays de l'Union européenne, la teneur en 137Cs
de l'eau de boisson, qui a fait l'objet d'échantillonnages réguliers,
a accusé des niveaux égaux ou inférieurs à
0,1 Bq/l de 1987 à 1990 (EC94), lesquels ne suscitent pas de préoccupation
dans le domaine de la santé. La concentration d'activité
dans l'eau a sensiblement diminué pendant les années qui
ont suivi l'accident, en grande partie du fait de la fixation du césium
radioactif dans les sédiments.
Seize ans plus tard
Plus de seize ans après l'accident, la radioexposition des populations
est principalement imputable à la consommation de produits agricoles
contaminés par 137Cs. À
l'heure actuelle, la production se fonde sur les critères suivants
:
- Le niveau de contamination des denrées alimentaires ne devrait
pas entraîner de doses individuelles moyennes supérieures
à 1 mSv par an.
- La production de ces denrées ne devrait pas impliquer un surcoût,
que ce soit en termes économiques ou sociaux.
- Même si les doses que certains grands groupes de population
peuvent recevoir à partir de ces denrées alimentaires
contaminées sont faibles, il conviendrait d'évaluer la
dose collective et l'excès de risque.
En Ukraine, dans la plupart des territoires contaminés, l'agriculture
produit des denrées alimentaires conformes aux limites fixées
le 25 juin 1997, à savoir : 100 Bq/l pour les produits laitiers,
200 Bq/kg pour la viande, 20 Bq/kg pour les pommes de terre et le pain.
Actuellement, les niveaux de contamination du lait se situent autour de
50 Bq/l.
Cependant, il existe de grandes disparités dans la production
ukrainienne et certaines exploitations agricoles privées continuent
à produire du lait dont le niveau de contamination dépasse
celui fixé par les nouvelles limites. Cette situation est due au
pâturage des animaux dans des prairies contaminées et aux
grandes variations des coefficients de transfert du césium (de
1 à 20) suivant la composition chimique des sols. Certains experts
prévoient que la fixation du césium dans les sols au cours
des quatre à huit années à venir suffira à
prévenir une augmentation de la contamination des denrées
alimentaires, mais d'autres prévisions semblent plus pessimistes
(Sm00).
En Ukraine, les 8,4 millions d'hectares de terres agricoles qui sont
contaminés par 137Cs et soumis
à des contre-mesures, fondées le plus souvent sur l'emploi
d'engrais, se répartissent comme suit :
- Une superficie de 54 900 hectares située dans la zone d'exclusion
et une superficie de 35 600 hectares avec des niveaux de contamination
supérieurs à 555 kBq/m², sur lesquelles toute activité
agricole est interdite.
- Une superficie de 130 800 hectares, avec des niveaux de conta-mination
allant de 185 à 555 KBq/m², y compris 15 000 hectares de
tourbière où le transfert du césium aux plantes
est le plus élevé.
- Une superficie de 1,1 million d'hectares, avec des niveaux de contamination
allant de 37 à 185 kBq/m², y compris 99 500 hectares de
tourbière.
- Une superficie de 7 238 millions d'hectares, avec des niveaux de
contamination compris entre 3,7 et 37 kBq/m².
On a défini une zone d'exclusion de près de 4 000 km2,
incluant une zone circulaire de 30 km environ de rayon autour du réacteur.
Les zones touchées occupent 2 100 km2
au Bélarus, 2 040 km2 en Ukraine
et 170 km2 dans la Fédération
de Russie. Toutes les activités agricoles, de même que le
transfert de produits, y sont interdits. Cependant, des études
sont en cours afin de déterminer la façon dont les parties
les moins contaminées de cette zone d'exclusion pourraient être
utilisées.
En dehors de cette zone, 1,4 million de personnes résident sur
30 000 km² de terres où les niveaux de contamination dépassent
185 kBq/m2, et 130 000 personnes vivent
dans des zones où ces niveaux sont supérieurs à 555
kBq/m2. La vie est considérée
comme normale dans les territoires où la dose annuelle est inférieure
à 1 mSv par an. Lorsque cette dose dépasse 1 mSv par an,
les habitants reçoivent des compensations sociales.
En Russie, certains districts ont perdu leur statut de zone contaminée
en janvier 1998 et cette décision a été mal accueillie
par les populations concernées.
La quantité de produits agricoles dont la contamination dépasse
les limites fixées pour les échanges commerciaux par l'Ukraine,
la Russie et la Biélorussie est maintenant très faible,
malgré les nouvelles limites restrictives édictées
par l'Ukraine en 1997 (100 Bq/kg pour le lait, 200 Bq/kg pour la viande,
20 Bq/kg pour le pain et les pommes de terre). Il apparaît actuellement
que l'effet conjugué des transferts à partir du sol, de
la demi-vie physique de 137Cs et de l'efficacité
des contre-mesures pourrait permettre d'aboutir, dans les quatre à
huit années à venir, à une production agricole dont
le niveau de contamination soit inférieur aux limites fixées.
Cela signifie que, 20 à 25 ans après l'accident, la production
de denrées alimentaires pourrait ne plus être soumise à
aucune restriction.
Au début de 2001, 2 217 villes sont encore sous contrôle
radiologique en Ukraine. En fait, seules 1 316 d'entre elles nécessitent
des contrôles permanents, mais les habitants des 901 villes restantes
refusent le retrait du statut de zone contaminée car celui-ci pourrait
entraîner la suppression des compensations sociales et financières.
Dans la zone d'exclusion, les incidences sur la faune et sur la flore
se caractérisent par le dépôt extrêmement hétérogène
de particules radioactives, qui est à l'origine d'une plage très
étendue de doses d'exposition pour le biote. Dans certains cas,
même dans de très petites zones géographiques, ces
incidence pouvaient différer d'un ordre de grandeur (IA01).
Certaines conséquences de l'accident pour les plantes naturelles
et les populations animales sont conditionnées par des facteurs
écologiques secondaires résultant d'une évolution
des activités humaines. Par exemple, l'interdiction de chasser
modifie les espèces d'oiseaux et leur nombre. D'une manière
générale, le nombre d'animaux a fortement augmenté
par rapport aux zones habitées limitrophes. Ces conditions favorables
pour un grand nombre d'espèces mammifères faisant l'objet
d'une chasse commerciale seront préservées (IA01).
Le transfert des radionucléides par l'eau et le vent et par des
conditions météorologiques saisonnières extrêmes
n'a pas entraîné de contamination à long terme au-delà
de la zone d'exclusion. À l'intérieur de cette zone, il
est prévu qu'à l'avenir la contamination radioactive diminuera
lentement par la voie de la décroissance radioactive.
La surface de la zone d'exclusion couverte par des conifères
et des arbres à feuilles caduques augmentera pour atteindre 65
à 70 % de l'ensemble de cette zone. Les surfaces de prairies et
de terres marécageuses diminueront notable-ment en conséquence
et seront remplacées progressivement par des forêts. Ces
modifications entraînent la constitution d'une couche de végétation
stable et résistante au feu. En liaison avec la destruction des
réseaux de drainage, le niveau des eaux souterraines ne manquera
pas de s'élever (IA01).
Depuis l'accident, le commerce du bois est réglementé.
Selon l'usage prévu, les niveaux fixés pour la commercialisation
vont de 740 à 11 000 Bq de 137Cs
par kg. Du fait de cette nouvelle réglementation, 30 % des pins
situés dans la zone d'exclusion sont inutilisables.
En résumé
- De nombreuses contre-mesures visant à lutter contre la contamination
des produits agricoles ont été appliquées avec
plus ou moins de succès. Néanmoins, à l'intérieur
de l'ex-URSS, l'utilisation de grandes superficies de terres agricoles
est toujours interdite et le sera encore vraisemblablement pendant longtemps.
Dans une zone beaucoup plus étendue, bien que des activités
agricoles et d'élevage continuent à être exercées,
les denrées alimentaires produites sont soumises à des
contrôles rigoureux et des restrictions sont imposées à
leur commercialisation et à leur usage.
- Des problèmes analogues, encore que beaucoup moins graves,
sont apparus dans certains pays d'Europe extérieurs à
l'ex-URSS, où les produits de l'agriculture et ceux provenant
des animaux d'élevage ont été soumis à des
contrôles et à des limitations pendant des durées
variables à la suite de l'accident. Ces restrictions ont, pour
la plupart, été levées il y a plusieurs années.
Cependant, il subsiste actuellement certaines régions d'Europe
où des restrictions sont encore imposées à l'abattage
et à la commercialisation des animaux. Cette remarque s'applique,
par exemple, à plusieurs centaines de milliers de moutons au
Royaume-Uni et à un très grand nombre de moutons et de
rennes dans certains pays nordiques.
- Il se peut que les produits de la forêt, comme les champignons,
les baies et le gibier sauvage, continuent à poser un problème
de radioprotection pendant longtemps. Désormais, la contamination
radioactive diminuera lentement par la voie de la décroissance
radioactive.
- À l'heure actuelle, l'eau de boisson ne soulève pas
de problème, alors que la contamination des eaux souterraines,
notamment par 90Sr, pourrait devenir
problématique à l'avenir dans les bassins de collecte
des eaux situés en aval de la région de Tchernobyl.
- Le poisson contaminé provenant des lacs pourra constituer
un problème à long terme dans certains pays.
- Cependant, les programmes de réaménagement de l'environnement
doivent créer des conditions suffisamment attrayantes pour inciter
une main-d'uvre jeune, en particulier des ingénieurs et
des ouvriers qualifiés, à revenir sur les lieux. Il est
nécessaire, et tout à fait possible, de créer des
conditions dans lesquelles la contamination de l'environnement n'oblige
pas à interdire la consommation d'importants éléments
constitutifs du régime alimentaire.
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